Tour de l’Horloge du Palais de la Cité

Toute fraiche restaurée, elle se dévoile enfin en totalité en retrouvant son horloge, la plus ancienne de Paris.


Toit de la tour, qui comporte une cloche
Girouette au sommet de la Tour de l’Horloge du Palais de la Cité
L’horloge est à moitié masquée par un arbre placé devant.
L’Horloge de la Conciergerie, vue de l’autre côté du cerrefour
Un des deux support du toit de l’horloge, de profil
Tête d’ange ailée
L’allégorie de la Justice pose à droite de l’horloge
L’allégorie de la Loi se tient sur le côté gauche de l’horloge
Inscription en latin en haut de l’horloge
Inscription en latin en bas de l’horloge
Le cadran de l’horloge du palais de la cité
Un mascaron barbu dans la partie haute de l’horloge
Emblèmes de France et de Pologne
Support nord du toit de l’horloge
Fond bleu royal parsemé de fleurs de lys de deux styles différents
Allégorie de la Loi
Le support sud du toit de l’horloge
Initiales entrelacées dans les caissons de la face interne du toit de l’horloge
Emblèmes des Royaumes de France et de Pologne encadrés par des anges
Fines ornementations à la base de l’horloge
Une partie des dorures visibles à la base de l’horloge

Enfin ! En ce mois de novembre, la dernière partie, la plus importante, de la tour de l’Horloge du Palais de la Cité à Paris est de nouveau visible aux passants, en retrouvant sa splendeur du passé après une bonne année de restauration, donnant ainsi encore l’heure aux Parisiens et aux touristes de passage !

Cette tour est dotée d’une magnifique horloge, aux teintes bleues, rouges et dorées, tranchant radicalement avec le blanc retrouvé des murs de la Conciergerie sur lesquels se trouve l’horloge et ses décorations. Située à l’angle du Quai de l’Horloge et du Boulevard du Palais sur l’Île de la Cité, cette tour ayant une base quadrilatérale fait face à la Place du Châtelet de l’autre côté du bras nord de la Seine. L’horloge située à la base de cette tour fait face à l’actuel tribunal de Commerce.

Le sommet de la tour est coiffé d’un clocheton comportant encore une cloche, les décorations externes sont des dorures à l’or fin, la girouette surmontant le toit de ce clocheton est lui-aussi doré à l’or. Mais l’élément le plus spectaculaire est sans contexte l’horloge, voulue par le Roi Charles V, elle bénéficia du savoir-faire d’un horloger lorrain, Henri de Vic, qui réalisa cette œuvre vers 1370/1371. Oui, c’est très ancien pour une horloge, tellement ancien que c’est la plus vieille de la capitale. Son âge imposa donc la réalisation de plusieurs campagnes de restauration ou d’amélioration. Parmi celles-ci, les plus notables sont celles des Rois Henri II, Henri III et Henri IV.

Pourquoi est-ce que je cite ces trois noms illustres ? Tout simplement parce qu’ils ont chacun laissé leur emprunte très visible sur l’horloge. Ainsi Henri II apparaît par le biais de son monogramme, composé du H d’Henri avec le C de Catherine de Médicis, sa femme. La petite subtilité de ce monogramme est que chaque barre du H se joint parfaitement au C, de manière à former un D… Le D de Diane de Poitiers, la favorite du Roi Henri II !

Le fils d’Henri II, le Roi Henri III, laissa quelques traces aussi, une bien visible est l’inscription en latin dans le cartouche situé au-dessus du cadran. On peut y lire ceci :

QVI DEDIT ANTE DVAS TRIPLICEM DABIT ILLE CORONAM

Ce texte désigne tout simplement le Roi Henri III en nommant ses deux couronnes. Le texte peut se traduire ainsi (merci Wikipedia) :

Celui qui lui a déjà donné deux couronnes lui en donnera une troisième

On devine donc le Droit divin qui lui donna les couronnes de Pologne et de France, et la troisième couronne fait ici référence à la devise du Roi, « Manet ultima cælo », c’est-à-dire La dernière se trouve au ciel, car le but du Roi et de tous les mortels et de se retrouver in fine au Royaume des cieux.

Henri III fit également appel au sculpteur Germain Pilon pour réaliser les deux bas-relief encadrant l’horloge. Il est intéressant de noter que c’est ce même sculpteur qui réalisa les gisants du Roi Henri II et de Catherine de Médicis. Ces deux bas-reliefs sont des allégories de la Loi et de la Justice. La loi se tient à gauche du cadran, et porte un sceptre et une tablette bien visible, ayant cette inscription en latin :

SACRA DEI CELEBRARE PIVS REGALE TIME IVS

L’allégorie de la Justice se tient, elle, sur la droite du cadran, avec dans sa main gauche la balance et dans sa main droite l’épée, les deux attributs classiques de la justice.

Ces deux femmes ont le corps doré à l’or, et leur tenu est dans un bleu royal.

Je le dis en toute réserve, mais il me semble que l’emblème du royaumes de France est accompagné de celui du Royaume de Pologne dans le cartouche surmontant l’inscription latine située dans le cadre au-dessus du cadran. L’aigle blanc surmonté d’une couronne placé sur un fond rouge me fait penser à l’emblème actuel de la Pologne. Mais ce qui me perturbe est la présence tout autour du monogramme d’Henri IV et de Marguerite de Valois.

Enfin, Henri IV apparaît par son monogramme, le H d’Henri entremêlé au M de Marguerite de Valois, non seulement sur le pourtour du cartouche comportant les emblèmes du Royaume de France et du Royaume de Pologne, mais également en bien plus grand sur les caissons situés sous le petit toit abritant l’horloge, accompagnant ainsi le monogramme du Roi Henri II, et cela alternativement, un caisson sur deux.

Je vous ai mentionné déjà deux inscriptions latines, une située dans le grand cartouche au-dessus du cadran et une autre sur la tablette portée par l’allégorie de la Loi à gauche du cadran. Il y en a une troisième, dans un cartouche rectangulaire placé sous l’horloge, portant ce texte :

MACHINA QVÆ BIS SEX TAM JVSTE DIVIDIT HORAS JVSTITIAM SERVARE MONET LEGES QVE TVERI

Ce qui peut se traduire (et là encore je dis merci à Wikipedia) par :

Cette machine qui fait aux heures douze parts si justes enseigne à protéger la Justice et à défendre les lois

D’autres petits détails parsèment l’horloge, comme des têtes de béliers, un mascaron barbu, une tête d’ange ailée, des représentations féminines servant de support au toit de l’horloge…

Maintenant, c’est à vous de découvrir ou de redécouvrir cette belle œuvre. Car depuis sa restauration, non seulement elle a retrouvé un éclat qui semblait être perdu à jamais, mais en plus des motifs originaux plus anciens ont été retrouvés, ainsi il y a deux types de lys composant le fond, et non un seul !

Passez-y aussi de nuit, l’éclairage donne une autre vision de cette œuvre…

Par Michel Petit le 26/11/2012 dans les thèmes : , , , et

Localisation

Coordonnées : 48.856192, 2.346131

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